Conditions de travail, maladies chroniques et inégalités : ce que nous dit la recherche

Ouvriers d'usine alimentaire
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Le mauvais emploi et les mauvaises conditions de travail contribuent considérablement aux inégalités en matière de maladies chroniques à travers l'Europe. Le Dr Courtney McNamara du Center for Global Health Inequalities Research explique les dernières preuves. Elle fait valoir que pour éviter encore plus d'inégalités en matière de santé, les plans de relance post-COVID devraient cibler ces conditions néfastes et promouvoir des politiques de protection sociale qui permettent à tous les travailleurs de s'épanouir.

Temps de lecture estimé: 4 minutes

L'association entre la profession et la santé a été largement documentée. En Europe, les travailleurs des échelons inférieurs de l'échelle professionnelle déclarent taux plus élevés de maladies non transmissibles (MNT) que ceux au-dessus d'eux. Cela signifie-t-il que les emplois occupés par les personnes appartenant aux catégories professionnelles inférieures sont plus nocifs pour la santé ? Et si oui, quelles sont les caractéristiques professionnelles qui produisent ces inégalités ?

Conditions d'emploi, inégalités et MNT : la dernière analyse

Dans un analyse récente, nous avons trouvé des preuves suggérant que les conditions d'emploi non standard, comme le travail à temps partiel ou sous contrat temporaire, sont l'un des principaux contributeurs aux inégalités dans les MNT à travers l'Europe. Plus précisément, nous avons analysé des pays dans différentes régions d'Europe et constaté que lorsque nous tenions compte (statistiquement contrôlé) des conditions d'emploi atypiques, les inégalités dans les MNT étaient réduites, parfois de manière spectaculaire. Pour les pays des régions de l'ouest et du nord-ouest de l'Europe (c'est-à-dire l'Autriche, la Belgique, la France, l'Allemagne, l'Irlande, les Pays-Bas, la Suisse et le Royaume-Uni) par exemple, nous avons observé des réductions de l'ordre de 41 à 69 % pour les femmes et de 66 à 95 % pour hommes.

Nous avons également examiné ce qu'il advenait des inégalités dans les MNT après avoir pris en compte différentes mauvaises conditions de travail. De mauvaises conditions de travail peuvent être liées à des expositions ergonomiques nocives, comme des positions de travail douloureuses, ou à des risques physiques dangereux, comme des bruits forts. Encore une fois, les réductions ont été substantielles. Pour le même ensemble de pays d'Europe occidentale et du nord-ouest, nous avons constaté que les inégalités relatives dans les MNT étaient réduites de 10 à 66 %.

Structures d'emploi et conditions de travail

Notre travail confirme d'autres études qui ont également constaté que l'emploi et les conditions de travail contribuent considérablement aux inégalités de santé. Cependant, contrairement à bon nombre de ces études, nous avons également examiné ce qui s'est passé lorsque nous avons pris en compte les tous les deux emploi atypique et mauvaises conditions de travail simultanément. Il est important de tenir compte des deux types de conditions simultanément. En effet, les travailleurs ayant des conditions d'emploi précaires sont également susceptibles d'être davantage exposés à de mauvaises conditions de travail. Ainsi, ne pas prendre en compte les deux types de conditions risque de sous-estimer le rôle des conditions professionnelles dans les inégalités de santé. Lorsque nous avons pris en compte les deux types de conditions, nous avons trouvé des réductions particulièrement importantes des inégalités dans la dépression et l'obésité. Les réductions étaient de l'ordre de 60 à 99 % pour les femmes et les hommes. Nous l'avons trouvé dans presque toutes les régions d'Europe.

Nous soutenons que nos résultats appellent à une plus grande concentration sur l'emploi et les conditions de travail dans la lutte contre les MNT. Il s'agit d'un écart par rapport aux stratégies standard de prévention des MNT qui visent à éloigner les gens de comportements tels que fumer ou boire trop d'alcool.

Cependant, nos résultats prennent une nouvelle signification dans le contexte de COVID-19. Depuis le début de la pandémie, il est clair que les personnes souffrant de MNT courent un plus grand risque de tomber gravement malades ou de mourir du virus. Les résultats de nos travaux suggèrent que se concentrer sur l'amélioration des conditions de travail pourrait être une stratégie importante, non seulement pour limiter les inégalités dans les MNT, mais aussi pour limiter les inégalités dans les résultats de COVID-19.

Au-delà de la pandémie vers la reprise économique

Au fil du temps, il est également devenu clair que les retombées économiques de la pandémie ont un impact disproportionné sur les travailleurs précaires en générant plus d'emplois et une plus grande insécurité financière parmi les personnes en emplois peu rémunérés et peu qualifiés. Dans ce contexte, nos résultats mettent en garde contre le fait que si nous n'agissons pas sur ces conditions d'emploi, le COVID-19 est susceptible d'entraîner un fardeau encore plus lourd de MNT parmi les personnes qui souffrent déjà le plus pendant la pandémie.

Nous avons donc besoin de toute urgence d'une action efficace pour éliminer l'emploi précaire et ses effets néfastes sur la santé. Recherche précédente nous a montré que les politiques de protection sociale sont un outil important qui peut protéger la santé en temps de crise économique. De nouvelles recherches nous montrent que ces politiques sont également importantes pour protéger les travailleurs vulnérables pendant la pandémie. Alors que les stratégies de relance économique de COVID-19 sont débattues, les décideurs devraient viser au-delà d'un "retour à la normale". Ils devraient chercher à éliminer les emplois préjudiciables et promouvoir des politiques de protection sociale qui permettent à tous les travailleurs de prospérer.

 
Dr Courtney L. McNamara
Dr Courtney L. McNamara
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Le Dr McNamara est chercheur principal au Center for Global Health Inequalities Research (CHAIN). Son travail se concentre sur la manière dont la santé et l'équité en matière de santé sont affectées lorsque les processus mondiaux, liés par exemple au commerce international ou au COVID-19, génèrent des vulnérabilités du marché du travail comme le chômage ou l'insécurité financière.

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