
En 1991, en interdisant toute publicité pour ce produit et en imposant une interdiction de fumer dans les lieux publics, la loi Evin , une nouvelle loi antitabac, a définitivement fait du tabac un produit socialement impoli . Afin de favoriser ce changement profond des normes sociales, la campagne « Fumer n'est pas dans ma nature » (1991) s'en est prise à l'emblématique cow-boy Marlboro et visait, pour la première fois, spécifiquement l'industrie du tabac et ses stratégies. Si les campagnes menées entre 1997 et 2000 encourageaient l'arrêt du tabac pour aider les fumeurs à franchir le pas (« Une vie sans cigarettes, quand commencez-vous ? », « Chaque jour sans fumer est une victoire sur la cigarette »), en 2001, face à des chiffres de consommation toujours élevés, le ton des campagnes s'est fait plus agressif.
« Avis aux consommateurs : des traces d'acide cyanhydrique, de mercure, d'acétone et d'ammoniac ont été détectées dans un produit courant. Pour plus d'informations, appelez gratuitement le 0800 404 404. » Ce message, diffusé aux heures de grande écoute dans le cadre de la campagne « Révélation » de 2001, a marqué un tournant dans la communication sur la nocivité du tabac. Ce changement de ton brutal a eu des répercussions bien au-delà des seules campagnes de communication : il s'est accompagné d'augmentations successives du prix des paquets de cigarettes, d'une interdiction de vente aux mineurs, de l'apparition de nouveaux avertissements sanitaires sur les paquets et d'une application plus stricte de la loi Evin. L'interdiction de fumer dans tous les lieux publics se profilait à l'horizon, et la communication allait une fois de plus jouer un rôle déterminant dans son application.
Afin de faire évoluer la perception du tabagisme passif, d'un simple manque de considération à un risque sanitaire majeur, et de rendre ainsi l'exposition à la fumée secondaire inacceptable, la campagne « Des tonnes de cigarettes » (2004) a constitué une première étape pour sensibiliser le public aux problèmes liés au tabagisme passif et a adressé un message clair aux fumeurs : « Quand vous fumez à côté d'un non-fumeur, il fume aussi . » Dans un second temps, la campagne « Les années fumées » (2006) a présenté l'interdiction du tabac comme un progrès pour la santé publique.
Malgré tout, l'application de la seconde partie de l'interdiction de fumer dans tous les lieux publics en janvier 2008 n'a pas sonné le glas des campagnes de communication. Ainsi, bien que le processus de dénormalisation fût désormais inscrit dans la loi, les campagnes d'information restaient d'une grande actualité car elles permettaient de maintenir un dialogue essentiel sur l'existence de ce problème dans la sphère sociale : le tabagisme demeurait un problème de santé publique majeur et devait continuer d'être perçu comme tel. De 2009 à 2012, l’INPES a donc poursuivi cette stratégie de dénormalisation du tabagisme, en diffusant d’abord et avant tout des messages sur les risques liés au tabagisme actif afin que les gens ne baissent pas leur garde (« Un fumeur sur deux meurt du tabagisme » – 2009, « Arrêtez avant qu’il ne soit trop tard » – 2010), mais aussi en aidant les fumeurs qui souhaitaient arrêter à franchir le premier pas en les informant sur le sevrage tabagique (« Une fois qu’on sait, c’est plus facile d’arrêter » 2007, « On entend toujours le même discours quand on arrête de fumer » 2011) et en soulignant le rôle de la motivation (« Tout le monde a une bonne raison d’arrêter de fumer » 2012).
